Ce matin n' était pas un matin comme les autres. Ce matin je suis allée à l' enterrement du père de mon meilleur ami, de celui qui est depuis toujours mon grand frère. Mon p' tit cha a perdu son papa et tout en sachant que ce rendez vous était une évidence, c' est avec beaucoup d' émotion que je me suis assise sur les bancs de cette église, entourée de ceux que j' ai toujours appelé les quatre mousquetaires : Baptiste, Xavier, Jean-Louis, Steph, tous les quatre réunis à cet instant précis où le petit garçon disparaît à jamais pour laisser place à l' homme.

Pour certains cela faisait juste 20 ans que nous ne nous étions pas vu. Mais malgré le temps qui a marqué inévitablement nos visages, j' ai eu le bonheur de voir ressurgir mes 17 ans. Il peut sembler paradoxale ce bonheur, mais malgré le chagrin ressenti par chacun, malgré la douleur évidente de Stéphane, j' étais heureuse, heureuse que le destin nous ait permis de nous revoir, heureuse de constater que malgré nos vies compliquées, chargées, trop chargées, nous étions tous les quatre au rendez vous de l' amitié, la vraie, celle qui se montre dans les coups durs, celle qui n' a pas besoin du quotidien pour prouver qu' elle existe.

Après la cérémonie, nous nous sommes retrouvés dans cet appartement de Neuilly où le père de Stéphane a vécu cette longue maladie. Nous nous sommes un peu raconté nos vies, nous avons partagé une bonne bouteille et  Stéphane nous a raconté que son père, la veille de sa mort, a demandé au service médicale la possibilité de boire un grand bordeaux avec ses deux fils... Un dernier repas, un dernier partage d' un plaisir terrestre entre hommes, pour mieux leur dire au revoir, pour mieux leur dire combien il les aimait, combien il était fier des hommes qu' ils sont devenus.

Stéphane est parti avec sa famille, et sur ce trottoir de Neuilly, nous n' avons pas pu nous séparer tout de suite. Il nous a fallu un dernier café, un dernier instant ensemble,  avant de reprendre le chemin de nos vies, avec la promesse, peut être fortuite, de nous revoir très vite, de ne pas attendre un autre événement triste pour nous réunir.

En montant dans ma voiture, la chanson qui s' échappait de mes enceintes était "Si l' on devait mourir demain". J' ai repensé au père de Steph, à sa dernière volonté, et je me suis dit que je n' écouterai plus jamais cette chanson de la même façon .....

Alors, toute culpabilité s' est envolée, car si j' étais triste pour Stéphane, je suis convaincue que son père, d' où qu' il soit, nous a simplement envoyé ce message de vie qui nous dit qu' il faut saisir la joie et le bonheur lorsqu' ils se présentent à nous.

Merci....